Si les forêts nous quittent par Francesco Micieli (trad. Christian Viredaz)
Le roman de la génération climatique
Lors d’un été de canicule, des jeunes désœuvrés se retrouvent autour de l’arbre ombrageant de la terrasse d’un café. L’angoisse climatique, les extinctions de masse, l’inaction des politiques, les migrations forcées, toutes ces préoccupations minent leurs perspectives d’avenir. Avec l’arrivée mystérieuse de Ginkgo dans le groupe, prophétesse malgré elle d’un sursaut révolutionnaire, celui-ci se resserre et se solidarise autour d’un idéal de communion avec le Vivant, d’amour et de rébellion. Pourtant, juste après une action militante­­, Ginkgo ne donne plus signe de vie, laissant le groupe désemparé ; sa disparition subite préfigurant celle des biotopes, de l’Humanité, ainsi que des idéaux et des espoirs d’alternatives. Dans ce roman polyphonique, Francesco Micieli donne la parole aux activistes du Climat, à la jeunesse. Sous la forme de dépositions de police, chacun raconte sa version des faits, la formation du groupe, ce qui les a animé, ainsi que leur fascination pour Ginkgo, tout autant que le désarroi qui s’est suivi avec la dissolution du collectif. Rédigé à la suite d’ateliers d’écriture réunissant des jeunes réfugié·es et étudiant·es, Si les forêts nous quittent est une plongée poétique dans l’urgence écologique. Un roman chargé d’une aura et d’une présence, interrogeant avec subtilité tant l’engagement militant que la solastagie (nb. la détresse émotionnelle causée par la destruction des biotopes) dans ses dimensions les plus sous-cutanées, sensibles, voire mystiques.
L’auteur
Né en 1956 à Santa Sofia d’Epiro (Italie), arrivé en Suisse en 1965, Francesco Micieli a étudié les lettres romanes et allemandes à Berne, Florence et Cosenza, et travaillé comme metteur en scène, acteur et directeur de théâtre. Il poursuit aujourd’hui son œuvre d’écrivain à Berne, après avoir enseigné à la Haute école des arts de Berne et à l’École d’arts visuels Berne et Bienne. Ses livres lui ont valu de nombreuses distinctions et ont été traduits en diverses langues. En français, on consultera son tryptique poétique, Je sais juste que mon père a de grosses mains [suivi de] Le rire des moutons [et de] Mon voyage en Italie paru aux éditions d’en bas en 2013, également traduit par Christian Viredaz.
Le traducteur
Né à Oron-le-Châtel (CH) en 1955, Christian Viredaz a publié cinq recueils de poèmes entre 1976 et 1996, et traduit une quarantaine d’ouvrages, principalement de l’italien, depuis 1981, notamment des poètes Giorgio Orelli et Alberto Nessi. Il a travaillé à Berne comme traducteur, de 1989 à 2020, d’abord à la Croix-Rouge suisse, puis à l’Office fédéral des assurances sociales. Il œuvre également comme mentor pour de jeunes traducteurs et traductrices littéraires.

Collection Mycélium mi-raisin
À paraître (CH) 21 août 2024 / (FR) 03 septembre 2024
Nbre de pages 96
Prix CHF 18 / EUR 14


La Lointaine par Emmanuel Pinget
Frégate, Louison et Beignet sont chasseurs. Ils se retrouvent dans le domaine de Didier Tielle, en pleine forêt. C’est le début de la saison. La chasse ouverte se transforme rapidement en un huis-clos, prétexte à de multiples échanges et autant de digressions, sur le gibier absent ou fantasmé, sur les femmes des uns et des autres ou sur L’Idiot de Dostoïevski. Une visiteuse, Magda, pythie de son état, débarque dans cette garçonnière, bousculant les chasseurs dans l’apparence de leurs certitudes. A coups d’aphorismes absurdes et eschatologiques tout s’emballe. Magda la pythie vient remettre les chasseurs en particulier, et l’Humain en général, à leur place. Sans aucun ménagement. Pas celle qu’ils pensent occuper malgré les évidences, au-delà de la nature, au-dessus des êtres vivants. Non: la place qui est objectivement la leur, entre des milliards d’animaux d’une valeur égale, peuplant une parmi des milliards de planètes. Sa juste place dans l’espace-temps. L’espace, ici, est celui de la nature. Une nature qui sans vergogne défie la culture; qui la déjoue. Le temps? Celui qui précède d’une minute la fin du monde tel qu’on l’a connu. Magda la pythie est une rage. Elle veut diminuer le lecteur de moitié. L’inciter à se regarder différemment. Se voir différemment.


Collection Mycélium mi-raisin
Parution Mai 2024
Nbre de pages 144
Format 14.5 x 18.5 cm
Prix CHF 24 / EUR 17
ISBN 978-2-940700-56-1


La batrachomyomachie (trad. Bertrand Schmid)
L’illion des grenouilles et des rats, une fable tragicomique. 

La Batrachomyomachie est une parodie de l’Iliade, sans doute écrite aux alentours du IIIe siècle avant J.-C., durant la période hellénistique. Elle met en scène le combat d’une journée de ces deux nemesis sur les modes épique et comique. Comme toute parodie, elle déforme certains éléments de son modèle, et se permet des jeux de traduction, de sens premiers et doubles, que ne manque pas de relever l’apparat critique de ce texte. En outre, les citations exactes de certains vers de l’Iliade parsèment le texte, mais détournées de leur connotation originelle. L’origine de la guerre dans cette version? Aussi idiote que toutes les autres,
une grenouille offre son aide à un rat afin de traverser l’étang. Un accident survient. Le rat se noie. Et ouvre la brèche à la vengeance et au ressentiment — sous la bénédiction des dieux, évidemment.

Cette nouvelle traduction actualise le langage habituel de la traduction du grec ancien en français. Généralement une douce odeur de patchoulis et de naphtaline tout droit sortie du XVIIIe siècle est utilisée pour nous rendre les classiques. Or, La Batrachomyomachie est avant-tout un texte humoristique et vivant qui nécessite un langage moins «convenable» pour en saisir la substance. Usant des patois québécois, romands et des idiomes régionaux de France, variant les registres de discours, Bertrand Schmid livre ici une traduction cocasse de cette méconnue bataille littéraire. Préface et lectorat de Sophie Bocksberger,
enseignante à l’Université d’Oxford.


Parution Avril 2024
Nbre de pages 64
Format 10.5 x 16.5 cm
Prix CHF 8 / EUR 6
ISBN 978-2-940700-54-7


Mon nom est personne par Lucien Vuille
Vous n’avez jamais lu l’Iliade ou l’Odyssée? Mon nom est personne est un remake tarantinien du chef-d’œuvre d’Homère en 3000 vers rimés, à déclamer ailleurs que dans les théâtres et les opéras classiques. Se pourrait-il qu’Ulysse, le plus sage de tous, soit en réalité le plus grand fabulateur de l’Histoire? Que cette guerre si iconique de la Littérature ne soit comme toutes les autres, froide, bestiale et vide de sens?  Que les hommes marqués et traumatisés aient besoin de l’enjoliver face à leur propre culpabilité? 

L’exercice dans lequel s’est lancé Lucien Vuille n’est pas une mince affaire. Reprenant les argots, les langages de la rue, les références
cinématographiques, et en les jonglant avec les tournures classiques, il propose une écriture d’équilibriste, capable de fâcher les plus puristes antiquisant, mais aussi de rendre le texte plus accessible aux autres, dans cette visée propre aux traditions orales de continuer avec faire vibrer les récits par-delà les époques.


Parution Avril 2024
Nbre de pages 220
Format 14 x 20 cm
Prix CHF 24 / EUR 18
ISBN 978-2-940700-55-4


Jour de chasse par Wide Vercnocke
Dans un appartement, une femme lutte contre l’ennui, la routine et la misère sexuelle. Dans la forêt, le rut du cerf bat son plein: exaltation, fracas et dispersion de phéromones. La rencontre entre cette femme et
un cerf ouvre une brèche en un chassé-croisé sensuel entre animalité et intentions urbaines. Cette bande dessinée, initialement parue en néerlandais chez Bries en 2014 sous le titre Wildvlees, interroge les désirs,
les fantasmes, la recherche de l’Autre, la transgression tout autant que la possibilité d’une rupture entre la dichotomie nature/culture et sauvage/domestiqué.
 Dans un trait énergique, avec des ellipses subtiles et oniriques, Wide Vercnocke montre sa virtuosité narrative. Jour de chasse est un travail singulier, une recherche de la chair tout comme du soin d’une blessure ancienne — c’est d’ailleurs ce que suggère son titre en néerlandais, jouant sur les sonorités entre le gibier et l’excroissance d’une blessure guérie (une cicatrice chéloïde, plus précisément). Ce travail aux sens
multiples se lit et se relit, à la lumière des anciens récits tout comme de nos préoccupations contemporaines. Entre les Métamorphoses d’Ovide et les récits folkloriques germaniques du Wilder Mann, l’artiste flamand Wide Vercnocke se joue ici des époques, des frontières, des imaginaires et des porosités…


Bande dessinée
Parution
 Avril 2024
Nbre de pages 80
Format 17 x 21 cm
Prix CHF 30 / EUR 24
ISBN 978-2-940700-53-0


La femme canon par Albertine et Germano Zullo
La Femme Canon, première bande-dessinée d’Albertine scénarisée par Germano Zullo, raconte une histoire d’amour archétypale. Dans la métaphore de la passion qui ne se renouvelle pas, l’homme et la femme canon vont de village en village et font griller la poudre au grand ébahissement des badauds. A chaque envol, le spectacle se réitère avec emphase, l’argent afflue et la femme canon est projetée à des kilomètres à la ronde. Chaque soir, alors qu’elle rentre à pied jusqu’à la caravane, son homme l’attend amoureusement et lui mitonne un plat de spaghetti pomodoro. Au mur, une photo est accrochée : la femme canon rougit d’émotion, le bonheur semble fait pour durer. Un soir de fête populaire, alors qu’un nouveau couple est en train de se former non loin de leur caravane, la femme canon demande à son homme: «Demain, tu mettras moins de poudre dans le canon. D’accord?». Le lendemain (des mois après?), la femme canon ne revient pas. Son costume de spectacle gît quelque part dans la forêt sous le regard houleux d’un hibou. Pour l’homme commence l’expérience de la solitude, de l’absence, de l’incompréhension et du délire tandis qu’une rumeur affirme qu’un boucher du coin enlève les femmes pour les manger…


Bande dessinée
Parution
 Février 2024
Nbre de pages 56
Format 17 x 24 cm
Prix CHF 18 / EUR 14
ISBN 978-2-940700-47-9


Papa, reviens par Conradin Wahl
La père de Maria vient de mourir. De retour à la maison après l’enterrement, elle rencontre un chat arrogant. Après, s’être fait nourrir, le chat lui propose un marché : un voyage au pays des morts pour faire revenir son papa. Marie hésite. Heureusement, Jacques, un brochet, lui conseille de ne pas écouter le chat. Malheureusement, comme dans toutes les bonnes histoires, Marie n’écoute pas le brochet.
Papa, reviens est un conte en bande dessinée qui fait penser à Miyasaki. C’est aussi un récit fantastique à l’atmosphère doucement helvète, entre administration et montagne magique.


Illustration
Parution
 Février 2024
Nbre de pages 80
Format 17 x 21 cm
Prix CHF 24 / EUR 18
ISBN 978-2-940700-46-2


K comme Almanach par Marie-Jeanne Urech
L’espoir coûte que coûte. Chaque soir, Simon allume à l’aide de sa perche les lampadaires de la ville. Alors que la population se déporte en masse vers l’idéalisée Belgador pour ne jamais en revenir, lui s’évertue à contenir l’inévitable progression de l’obscurité. Autour de lui, les immeubles se fissurent, la ville est rongée par une végétation suffocante, les denrées viennent à manquer et les perspectives d’avenir s’amenuisent. Pourtant, Simon ne compte pas abandonner sa ville et ses derniers habitants. Au Lacmer, ce stakhanov de l’espoir recueille le petit, un perdu-retrouvé recraché par les flots, traumatisé et muet. Lui aussi a quitté son pays pour une autre terre idéalisée. Simon entreprend de lui transmettre ce qui a le plus de valeur à ses yeux: le travail bien fait, le soin des autres et le langage. Fable sociale et intime tout à la fois, K comme Almanach nous confronte aux questions de la transmission, de la confiance et de la famille en période de crise. A travers l’inventivité de sa plume que nous lui connaissons déjà, Marie-Jeanne Urech interroge les fragilités de nos quotidiens, ainsi que le difficile exercice d’animer un monde en collectivité, de constituer un sillon de culture et d’existence pour chacun et chacune au-delà des illusions et désillusions d’ailleurs utopiques.


Roman écologique
Parution
 Janvier 2024
Nbre de pages 168
Format 11.5 x 16.5 cm
Prix CHF 16 / EUR 12
ISBN 978-2-940700-48-6